David Murgia : de la scène au cinéma !

Au cinéma comme au théâtre, le plus important, ce sont les personnes avec qui je travaille et ce qu’elles veulent raconter… L’essentiel est là!

dd2David Murgia… A seulement 27 ans, ce verviétois d’origine nommé à trois reprises aux Magritte du cinéma et récompensé par le trophée du meilleur espoir masculin, porte deux casquettes… des casquettes à la fois différentes et complémentaires : celle d’auteur et celle d’interprète. David, on ne peut que l’apprécier (même s’il oublie notre rdv  :D). J’ai eu le plaisir de l’interviewer peu avant qu’il monte sur scène pour « Discours à la nation ».

En deux mots ton parcours?
Après mes humanités, l’âge un peu critique, je ne savais pas quoi faire… J’avais envie de commencer le Conservatoire mais aussi la philo et la socio… J’ai finalement opté pour le Conservatoire. L’objectif était de surtout faire une « pause » et non de faire ces études avec comme but ultime d’être comédien. En fin de 3ème année (sur 4), un metteur en scène suédois réputé m’a proposé de travailler avec lui : Lars Norén. On a fait une tournée en Suède et à Paris avec « La mémoire d’Anna Politkovskaïa ». Après ça, j’ai joué dans la première création de mon frère (Fabrice Murgia) « Le chagrin des ogres ».
Et tu n’as pas voulu terminer le Conservatoire?
En fait, grâce à ces pièces, j’ai eu droit au statut d’artiste MAIS si je retournais comme étudiant, je le perdais. J’ai préféré le conserver! Mais j’ai promis à ma mère que je terminerai plus tard. Pour elle, à l’époque en tout cas, le diplôme était très important.
La suite?
Avec des amis, nous avons créé notre compagnie (Le Raoul collectif) et ainsi notre premier spectacle… tout s’est très vite enchaîné.
Tes parents ont tout de suite bien accepté ce métier de comédien?
Au début, ils étaient très inquiets. Et aujourd’hui, je les comprends. Mais ils étaient heureux que je sois heureux de ce que je fais. Au final, c’est sans doute ce qu’ils ont toujours voulu pour leurs enfants : qu’ils pratiquent un métier qu’ils aiment et qui ne soit pas une tâche physique pénible, comme cela a pu l’être pour eux. Ils ont réussi. Au début, ils ne connaissaient pas du tout le théâtre. Quand ils ont commencé à nous voir apparaître quelques fois à la télévision ou dans les journaux, ça a commencé à devenir sérieux.
Une concurrence par rapport à ton frère?[Fabrice Murgia et David – archives l’envers de l’écran – RTBF]
Absolument pas. Nous sommes frères par dessus tout! Et de plus en plus, Fabrice se concentre sur l’écriture et la mise en scène… Mais non, nous ne sommes pas du tout concurrents.
Comment se déroule ton quotidien?
Il y a deux parties fort différentes dans mon quotidien. La partie de la « création » (qui peut prendre 3 ou 6 mois) où il faut écrire, tester, répéter… et la partie de la « tournée » où il faut raccorder, adapter et jouer. Ce sont deux métiers différents, deux équipes distinctes. Pendant la tournée, je voyage beaucoup et l’enjeu est d’être en forme à 20h devant le public, tandis que lors de la création, j’ai besoin de toute mon énergie en journée. Le cinéma, c’est encore différent, c’est une autre manière d’aller vers le jeu, une autre équipe, d’autres méthodes… Mon quotidien, c’est jongler entre les projets de création, les tournées (« Discours à la nation » pour le moment) et l’un ou l’autre tournage (David sera dans le prochain film de Bouli Laners: Les Premiers, les Derniers).
sans-titre (8)Avec un quotidien aussi chargé, c’est possible d’avoir une amoureuse?
Ma compagne est sociologue. Je ne devrais pas le dire mais elle est extrêmement brillante (c’est mignooon 🙂 ). Ses préoccupations et recherches sont étroitement liées aux miennes. En tant que scientifique ou « universitaire » comme on dit, elle utilise d’autres langages et d’autres approches. Elle m’apprend énormément. Nous vivons des moments passionnants lorsque sa matière, pêchée d’une étude du réel, tend à rejoindre des fictions que nous imaginons ensemble. « L’âme des cafards » est une première approche de ce croisement entre sociologie et théâtre.
Quelle partie de ton job préfères-tu? La création, la scène, le cinéma?
J’ai de la chance de pouvoir faire les deux. Si tu veux, c’est un peu comme si le théâtre était un poumon et le cinéma un autre poumon. Je suis content de pouvoir respirer des deux. Le principal, c’est d’être touché par l’histoire… Au théâtre, souvent, je raconte des histoires très liées à mon expérience de vie. Alors qu’au cinéma, je me mets au service des histoires des autres.
Le projet dont tu es le plus fier?
« L’âme des cafards »… c’est la première fois que j’écris… et c’est vraiment un autre boulot. C’est long et éreintant, l’écriture. J’apprends la patience et je ne m’en croyais pas capable.
Dans combien de pays as-tu joué?
Mmmh l’Allemagne, la Suisse en passant par la Roumanie, la Corée du Sud ou le Chili… je dirais une dizaine au total. Découvrir du pays, c’est une des opportunités exceptionnelles de ce métier.
La plus belle salle où tu as joué en Belgique?
Le théâtre National, une grande salle mais tu as vraiment l’impression d’avoir une belle proximité avec le public! Difficile à dire. Début mars, j’étais dans la grande salle du théâtre National. C’est très grand et pourtant tu te sens très proche du public. La semaine dernière, je jouais au pied du Mont des Arts, à la Grande Parade de Tout Autre Chose. C’est pas une salle, mais c’était un très beau moment.
Tu as joué à Paris aussi dernièrement?
En effet, j’ai eu la chance de rester un mois au Théâtre du Rond-Point.
C’est dur de faire sa place à Paris?
Paris c’est une grosse ville, et tout va très vite. Pour peu que le bouche à oreille fonctionne bien – ce qui par chance a été le cas avec « Le Signal du promeneur » et « Discours à la Nation », qui sont passé par Paris – la machine se met en route.
Quels sont très projets?7868_10151601199188468_1850531630_n
Continuer à écrire. Ce que va devenir « L’âme des cafards » est important pour moi comme continuer à tourner « Discours à la nation » et « Le signal du promeneur ».  Aller jusqu’au bout de ces projets qui devraient voir le jour fin de cette année à l’année prochaine.
Des personnes que tu admires dans le métier?
Les personnes avec qui je travaille.. J’admire ma compagne,  mes camarades du Raoul collectif, Ascanio Celestini (l’auteur de « Discours à la Nation »), Sébastien Foucault et Julien Remacle, mon frère, Bouli… Je les admire.
Des regrets?
Aucun… je vois ça comme des expériences! Positives ou parfois négatives…
Un conseil à un jeune comédien?
Vivre un projet de création comme une aventure. Pour le reste, Je n’ai pas envie de donner des conseils « fleur bleue ». Le métier est mal considéré et les lois sociales tendent à devenir de plus en plus rudes. La création et la culture ne sont pas dans les plans du gouvernement. Sauf si la création et la culture mettent en vente des produits. C’est tout ce que je déconseille à un jeune comédien.
Où t’imagines-tu dans 5 ans?
Dans 5 ans… c’est trop loin! Dans deux ans , ça je peux te dire: j’habiterai à Liège ou à Bruxelles et il est probable que je sois toujours sur les routes avec « Discours à la nation » ou « L’âme des cafards » ou d’autres textes. Je vais essayer de trouver le bon rythme et de prendre plus le temps de faire les choses, de me poser un peu et de me ressourcer. Je fais ce métier pour ne pas être aliéné au travail et il faut que ça reste comme ça.
Une anecdote sympa ?
Aujourd’hui c’est la fête de fin de tournage du film de Bouli : des anecdotes, j’en aurai demain! Mais puisque je vois que tu cherches mon « moment de solitude »… (héhé :D)  Je me rappelle de cette charmante vieille dame au premier rang qui, juste avant que ne s’éteignent les lumières pour que débute le spectacle, m’a discrètement interpellé pour me dire « Monsieur.. votre braguette est ouverte ». (Et là je dis « merci David pour ce beau partage 😀 »)
Extrait de « Discours à la nation »

Quel est le rôle que tu as aimé interpréter le plus?
Au théâtre, la position de conteur ou de raconteur, est extrêmement jouissive. elle me permet d’être une foule de personnages tout en restant moi.
 Un rôle que tu aimerais interpréter?
Au cinéma, un aveugle, un cul-de-jatte, un sourd.. Un défi, en somme… Mais peu importe, au cinéma comme au théâtre, le plus important, ce sont les personnes avec qui je travaille et ce qu’elles veulent raconter… L’essentiel est là.
As-tu une phrase « fétiche »?

Comme je le cite tous les soirs dans « Discours à la nation »,  je vais reprendre Antonio Gramsci qui, au bout d’une vie incroyable, tient à peu près ces mots : « Face au pessimisme de la raison, il faut opposer l’optimisme de la volonté… »

David Murgia, on a juste envie de lui souhaiter « tout le bonheur du monde » et que tout continue à rouler sur les planches, dans les coulisses et au cinoche!
Pour suivre ses tournées et ses actus, un petit tour sur son Facebook 😀
Kactusement vôtre,
Maïté 😉
@Photos:
Les deux frères : archives l’envers de l’écran – RTBF

Un commentaire sur “David Murgia : de la scène au cinéma !

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